Talleyrand aurait dit un jour : «La parole a été donnée à l'homme pour cacher sa pensée ». A-t-il laissé un post sur son blog ou un tweet pour qu’on soit certain qu’il est bien à l’origine de cette sentence ? Nul ne sait.M’sieur Talleyrand, si vous êtes connecté, sachez que je ne suis pas tout à fait en phase avec votre affirmation. Je pense voyez-vous qu’il y a une interaction beaucoup plus complexe entre langage et pensée… à tel point que, vous comme moi, sommes en fait incapables de penser quelque chose d’informulable. C’est de la vraie interaction, croyez-moi, M’sieur Talleyrand. Notre discours perverti peut même finir par infecter notre pensée malgré nous. Nos phrases toutes faites, agrippées à nos clichés bien pensants peuvent contaminer nos dernières poches d’esprit critique.
A l’heure où je vous parle, la langue de bois a peut-être même envahi toute notre pensée collective et on n’a rien senti. A l’heure du brouhaha permanent, de l’hypermédiatisation et de la mise en ligne bavarde de notre propre existence individuelle, le concept même de langue de bois s’est peut-être dissipé, tellement il s’est bien immiscé partout. Tant la manipulation langagière semble être devenue un mode privilégié d’interaction. Comment séparer la parole qui enfume de celle qui éclaire ? Comment distinguer l’authentique transmission de pensée du boniment bidon à esbroufe élaboré ? Comme il n’y a toujours pas de logiciel conçu à cet effet, on peut encore se laisser abuser par l’éclat de l’encaustique et le cirage de pompe.
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